Introduction Historique → Des religions bábíe et bahá'íe


Affirmer qu'une religion est indépendante des autres ne veut pas dire qu'elle est apparue dans un vide religieux. Le Bouddhisme a émergé dans un contexte traditionnel hindou, et ce n'est qu'après avoir traversé l'Himalaya, qu'il a acquis sa personnalité propre, celle d'une foi distincte destinée à devenir une force culturelle majeure en Chine, au Japon, et dans les terres de l'Asie du sud-est. De même, Jésus Christ et ses disciples immédiats ont entamé leur mission au sein du judaïsme et pendant deux siècles, leur mouvement a été considéré par les peuples voisins, comme une branche réformatrice de la religion mère. Le Christianisme n'est apparu comme une religion distincte dotée de ses propres écritures, lois et formes rituelles et institutionnelles qu'après avoir commencé à attirer un nombre important d'adhérents issus des nombreuses ethnies non sémitiques du monde méditerranéen.

L'Islam constitue le contexte religieux duquel a émergé la foi bahá'íe. De même que le Christianisme est né des attentes messianiques du Judaïsme, la foi bahá'íe est issue des tensions eschatologiques nées à l'intérieur de l'Islam. Toutefois, à l'instar du Christianisme, elle est entièrement indépendante de sa religion mère.

La nouvelle foi apparaît d'abord en Perse, pays à prédominance islamique. Elle se répand ensuite dans les terres musulmanes voisines des Empires ottoman et russe et au nord de l'Inde. Si parmi ses premiers disciples, il y a des juifs, des chrétiens et des zoroastriens, la grande majorité de ses fidèles reste musulmane. Leurs idées religieuses viennent du Coran, et ce qui les attire par dessus tout dans ce nouveau système de croyance, ce sont les aspects qui se rapportent à l'accomplissement des prophéties islamiques et aux interprétations de l'enseignement de l'Islam. C'est ainsi que dans un premier temps, le clergé musulman considère ceux qui suivent cette foi nouvelle comme des hérétiques de l'Islam.

Par conséquent, il est important d'examiner le contexte islamique dans lequel la foi bahá'íe est née. Cette étude s'impose pour une autre raison aussi: l'Islam s'inscrit dans une conception de l'histoire religieuse et des rapports entre religions, qui est essentielle à l'enseignement bahá'í. La Foi bahá'íe est peut-être la seule à accepter sans réserve aucune la validité des autres grandes religions. Les bahá'ís croient en effet que Abraham, Moïse, Zoroastre, Bouddha, Krishna, Le Christ et Mahomet sont tous et de manière égale, d'authentiques messagers d'un seul Dieu. Les enseignements de ces divins messagers sont considérés comme des chemins vers le salut qui permettent de "faire avancer une civilisation en progrès constant". Mais les bahá'ís croient aussi que cette succession d'interventions divines dans l'histoire humaine a été progressive, chaque révélation de Dieu étant plus complète que la précédente, et chacune préparant la voie pour la suivante. Selon cette logique, l'Islam étant la plus récente des religions antérieures, c'est aussi elle qui, historiquement parlant, a été la préparation immédiate de la foi bahá'íe. Aussi n'est-il pas surprenant de constater dans les écrits bahá'ís un grand nombre de termes et de concepts coraniques.

La connaissance de certaines doctrines de l'Islam est particulièrement importante pour une compréhension claire de la foi bahá'íe. A l'instar des musulmans, les bahá'ís croient que Dieu est un et qu'Il est absolument transcendant dans son essence. Il "manifeste" sa volonté à l'humanité par le baha'is d'une série de messagers que les bahá'ís appellent des "Manifestations divines". Ces dernières ont pour mission de donner une orientation parfaite non seulement à l'individu pour qu'il progresse spirituellement, mais aussi à la société, pour la façonner en un tout. Mais une des différences majeures entre les deux religions à cet égard tient au fait que si, parmi les religions existantes, le Coran désigne uniquement le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam comme divinement inspirés, les bahá'ís croient que toutes les religions font partie intégrante d'un même plan divin:

"Il n'est point douteux en effet, que tous les peuples de la terre, à quelque ethnie ou religion qu'ils appartiennent, tirent leur inspiration spirituelle d'une même source céleste, et sont les sujets d'un seul Dieu. La diversité des règles et ordonnances religieuses qui les régissent tient à la diversité même des besoins et exigences propres aux âges où elles leur furent révélées. A l'exception du petit nombre de celles qui ont été inspirées par la perversité humaine, toutes viennent de Dieu, et sont un reflet de sa volonté et de son dessein".
Il est un autre aspect de l'Islam qui a influencé le développement de la nouvelle religion et qui a dicté la réaction des musulmans à son égard. A l'instar du Christianisme avant lui, l'Islam s'est peu à peu divisé en un certain nombre de sectes principales. La plus notoire est la secte des shiites, pour qui Mahomet avait l'intention de faire de ses descendants les héritiers de la direction spirituelle et temporelle des fidèles. Ces personnes choisies, appelées les Imams, ou "chefs" étaient dotées, croyait-on, d'une infaillibilité inconditionnelle dans l'accomplissement de leurs responsabilités respectives. Toutefois, la grande majorité des musulmans ont rejeté ces prétentions estimant que la sunna -- la "manière" ou le mode de conduite attribué par la tradition au Prophète Mahomet -- était suffisant pour les guider. Ceux qui ont souscrit à cette dernière croyance s'appellent les sunnites. Bien que les musulmans sunnites soient aujourd'hui considérablement plus nombreux que les shiites, et que les érudits occidentaux les considèrent généralement comme ceux qui détiennent l'"orthodoxie", les opposant ainsi à l'"hétérodoxie" shiite, l'Islam shiite possède une tradition ancienne et respectée, une tradition qui n'a commencé à faire l'objet d'études sérieuses que récemment, de la part d'un groupe de plus en plus nombreux de spécialistes non musulmans.

En l'an 661 après Jésus Christ, 29 ans seulement après la mort de Mahomet, le pouvoir du monde musulman tombe aux mains de la première série des dirigeants dynastiques, élus théoriquement par les fidèles, mais qui représentent en réalité, la domination de diverses familles puissantes. Les deux premières dynasties sunnites, les Oumayades et les Abbasides, voient dans l'Imam un défi à leur propre légitimité. En conséquence, selon la version shiite, ils les mettent tous à mort, les uns après les autres, en commençant par Hasan et Husayn, les petits-fils de Mahomet. Pour l'Islam shiite au contraire, ces Imams, ou descendants du Prophète, sont des saints et des martyrs.

Bien que l'Islam shiite ait pris naissance parmi les Arabes, il exercera son influence la plus forte en Perse. Dès le départ, les Persans convertis à la foi musulmane sont attirés par l'idée d'un Imam ou chef divinement nommé. Contrairement aux Arabes, les Persans, qui possèdent une longue tradition politique marquée par l'existence d'un monarque divinement nommé, ont reporté la dévotion qu'ils avaient pris l'habitude de concentrer sur ce dernier, sur les descendants et les successeurs nommés du Prophète. Après des siècles d'oppression par les califes sunnites, la tradition des Imams finira donc par triompher en Perse, au XVIe siècle, avec l'avènement d'une dynastie éminemment shiite, les Safavides.

Or, à l'époque, la lignée des Imams vient de s'éteindre. Selon la tradition shiite iranienne en effet, en l'an 873, le douzième et dernier Imam nommé -- qui n'est alors qu'un enfant -- se serait retiré dans une "cachette" afin d'échapper au destin de ses prédécesseurs. La tradition affirme qu'il doit réapparaître "au temps de la fin" pour inaugurer un règne de justice dans le monde entier. Cette tradition eschatologique (doctrine des "dernières choses") ressemble beaucoup à l'attente du retour du Christ chez les chrétiens, et à la promesse du Bouddhisme Mahayana concernant l'avènement du Bouddha Maytreya, "le Bouddha de la rectitude universelle". Les musulmans nomment aussi ce libérateur promis, "l'Imam caché", le Mehdi (Celui qui est guidé) ou le Qa'im (Celui qui se lèvera, autrement dit, qui sera issu de la famille du Prophète).

Pendant les 69 ans qui vont suivre sa disparition, le douzième Imam, ou Imam caché aurait communiqué avec ses fidèles par une série d'intermédiaires, appelés les Báb parce qu'ils étaient la seule voie menant à l'Imam caché. En l'an 941, il y avait eu 4 Báb, lorsque le quatrième mourut sans nommer de successeur.

Le refus tant de l'Imam que du dernier Báb à nommer un successeur signifiait que les fidèles devaient désormais s'en remettre à Dieu. En temps voulu, un messager ou des messagers de Dieu apparaîtraient, dont l'un serait l'Imam Mehdi ou le Qa'im, et celui-ci permettrait une fois de plus à la volonté divine de se manifester directement dans les affaires humaines. C'est dans cette tradition que prend naissance la religion bahá'íe et son précurseur, la Foi bábíe, au milieu du XIXe siècle.

Le Báb, le précurseur de Bahá'u'lláh.

 
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