Introduction Personnages → Le Báb


Le début du XIXe siècle a été une période d’attente messianique dans de nombreux pays. Profondément troublés par les implications de la recherche scientifique et de l’industrialisation, les croyants les plus sincères de diverses religions se penchaient sur les Écrits sacrés de leur propre religion pour essayer de comprendre l’accélération du changement.

En Europe et en Amérique, des groupes comme les membres de la Société du Temple ou les adeptes de William Miller croyaient trouver dans les écritures chrétiennes des preuves de la fin des temps et du retour de Jésus-Christ.

Un même esprit soufflait au Moyen-Orient, où l’on pensait imminent l’accomplissement des différentes prophéties du Coran et des traditions islamiques. Dans le monde chiite, l’école Shaykhíe, école de tradition soufie fondée par Shaykh Ahmad-i-Ahsá’í (1753-1826) faisait partie de ces mouvements à caractère millénariste. Après sa mort, son élève et successeur désigné Siyyid Kázim -i- Rashtí (1793-1843) continua son œuvre, envoyant ses disciples à la recherche du Promis.

C’est à Chiraz, en Iran, le soir du 22 mai 1844, que l’un d’entre eux, Mullah Hossein, rencontre un jeune marchand, qui lui offre l’hospitalité pour la nuit. Lors d’une veillée prolongée, Siyyíd ‘Ali-Muhammad va révéler à son visiteur qu’il est celui qu’il recherche, le Qa’im promis par l’Islam, "Celui qui se lèvera".

Siyyíd ‘Ali-Muhammad, qui allait prendre le titre de "Báb", mot qui signifie, en arabe, « Porte », fonda une religion distincte et indépendante. Connue sous le nom de foi bábíe, cette religion donna naissance à une nouvelle communauté, eut ses propres textes et marqua l’histoire de son empreinte indélébile. Le Báb annonça que le Jour de Dieu était arrivé. Il était lui-même le Promis des textes saints islamiques, et l’humanité était au seuil d’une ère nouvelle qui verrait tous les aspects de la vie se restructurer.
Le thème central du principal ouvrage révélé par le Báb, le Bayán, est l’imminence de la venue d’un deuxième messager de Dieu qui serait beaucoup plus grand encore et dont la mission serait d’annoncer l’ère de paix et de prospérité promise depuis si longtemps par l’Islam ainsi que par le Judaïsme, le Christianisme et d’autres religions. Le Bayán abrogeait par ailleurs certaines lois islamiques, qu’il remplaçait par de nouvelles, et insistait sur les valeurs morales et surtout sur la pureté de coeur et d’intention. Le rang des femmes y était rehaussé et la dignité rendue aux pauvres. Enfin, l’éducation et les sciences utiles à l’humanité y étaient encouragées et valorisées.

Né le 20 octobre 1819, le Báb possédait dès l’enfance une sagesse et une finesse surprenantes. A l’âge adulte, il rejoignit son oncle dans le négoce familial. Son intégrité et sa piété lui valurent l’estime des autres marchands avec lesquels il entrait en contact. Il était connu également pour sa générosité envers les pauvres.

Après la déclaration de sa mission, le Báb fut très vite entouré d’adeptes et le nouveau mouvement religieux se répandit en Iran comme une traînée de poudre. Ce succès, tout comme l’audace du message proclamé, suscitèrent hostilités et persécutions - en particulier de la part des autorités religieuses qui voyaient leur pouvoir et leur prestige menacés. Les historiens estiment à environ 20 000 le nombre des victimes de ces persécutions. Le Báb fut lui-même à plusieurs reprises emprisonné, puis condamné à mort. Le 9 juillet 1850, cette condamnation fut exécutée dans la cour de la caserne de Tabriz. Environ 10 000 personnes s’étaient massées sur les toits des bâtiments et des maisons autour de la cour. Le Báb et un jeune disciple étaient suspendus par deux cordes contre un mur. Un régiment d’environ 750 soldats arméniens chrétiens, disposés en trois rangées de 250 hommes chacune, ouvrit le feu à trois reprises. La fusillade était si dense, rapportent des occidentaux présents, que le ciel était noir et la cour plongée dans l’obscurité.

Comme en témoignent les archives du Ministère des Affaires Etrangères britannique, lorsque la fumée fut dissipée, le Báb avait disparu. Son compagnon se tenait là debout, indemne, épargné par les balles. Les cordes auxquelles ils avaient tous deux été attachés n’étaient plus que des lambeaux. Le Báb fut retrouvé dans sa cellule, donnant des instructions à l’un de ses secrétaires. Au lever du jour, lorsque les gardes étaient venus le chercher pour l’exécution, il leur avait dit qu’aucune "puissance terrestre" ne pourrait le réduire au silence avant qu’il n’ait dit ce qu’il avait à dire. Lorsque les gardes vinrent donc la seconde fois, il leur annonça calmement : "Vous pouvez maintenant accomplir votre besogne." Pour la deuxième fois, le Báb et son jeune compagnon furent donc conduits devant le peloton d’exécution. Les soldats arméniens refusant de tirer une seconde fois, on confia la tâche à des tireurs musulmans. Cette fois, les corps des deux hommes s’effondrèrent, os et chair confondus. Curieusement, leurs visages étaient intacts.

A certains égards, on peut comparer le rôle du Báb à celui de saint Jean Baptiste dans l’avènement du Christianisme. Le Báb était le héraut de Bahá’u’lláh. Sa mission essentielle était de préparer la venue de celui-ci. C’est pourquoi la fondation de la religion babie et son objectif ont été accomplis en 1863, lorsque Bahá’u’lláh proclama qu’il était celui dont le Báb avait annoncé la venue.

 
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